« Cela permet un nouveau rapport de confiance »

Marie, professeure SEGPA

On n’était pas prêt à garantir l’accès à un ordinateur pour chaque élève. Au mieux, il y a un ordinateur par foyer donc c’est à tour de rôle que les enfants peuvent y travailler. Sans parler du fait que de nombreux collégiens ne savent pas encore se servir d’un ordinateur. Je reçois des appels où l’on me dit “Madame, le document s’est perdu dans l’ordinateur” ! Alors je prends du temps au téléphone pour aller à la recherche du document “perdu”.

Cela permet aussi un nouveau rapport de confiance. J’ai des élèves de 13 à 15 ans et à cet âge là, ils peuvent être méfiants. Depuis le confinement, ils se rendent compte que je suis disponible pour leur expliquer des choses en individuel s’il le faut et qu’ils peuvent compter sur moi et mes collègues. On au moins un appel hebdomadaire avec la famille. 

On s’est vite aperçu qu’ils avaient tous un smartphone et dans ce contexte ça aide beaucoup. On a donc adapté les formats des devoirs pour qu’ils puissent les lire sur le smartphone, les écrire sur un cahier et prendre le cahier en photo. 

J’ai aussi beaucoup évolué dans le ton utilisé dans mes mails. En tant que prof, on a l’habitude d’une certaine formalité écrite puisque le mail est utilisé entre collègues ou avec la direction. Là, on s’est rendu compte petit à petit que ce n’était pas adapté. Certains parents ne parlent pas français alors je simplifie au maximum les emails pour m’assurer qu’ils soient compris par tous. 

C’est aussi une nouveauté pour les parents. Au début, on recevait des mails sans objet ni texte, uniquement la pièce jointe. C’était à nous de retrouver l’élève auteur du document – dont le nom de famille ne correspond pas forcément à l’adresse expéditrice… Je vois des évolutions : ils s’inspirent souvent de nos emails pour écrire le leur. Et c’est tant mieux si on peut aussi faire notre travail d’enseignant avec des parents au passage !