« On a plus d’histoires personnelles qui nous connectent. »

Fatma, Professeure de Mathématiques

Quand le confinement a été décidé, on s’est moins inquiété de la continuité pédagogique que de la capacité matérielle pour les élèves et leur famille à tenir le confinement. Nous savons que c’est un quartier populaire avec des habitations exiguës voire insalubres où l’école est un socle plus important qu’ailleurs. Alors on a lancé une cagnotte et il y a eu des donations rapides. En 2 semaines on a récolté 17 000 euros parce que les gens connaissent la situation de ces quartiers là. L’idée est d’assurer un minimum en terme de produits de premières nécessité.

Même si cela n’arrange pas tout, ça m’a moins angoissé. Avant, j’étais trop inquiète de leur bien-être pour trop insister sur les devoirs et exercices. Maintenant, ça va mieux – mais on n’en sait rien. Le plus difficile finalement c’est de gérer ses propres frustrations et ne pas trop se préoccuper des choses sur lesquels on ne peut de toute façon pas avoir d’impact. J’ai parfois  la sensation de passer plus temps dans l’angoisse et la crainte que d’essayer de nouvelles méthodes, de nouvelles choses. En classe, je me sens plus créative. En un regard, j’ai leur retour sur ce que je leur propose, je m’adapte. Et même avec des élèves où l’on sent que l’école n’est pas adapté pour eux, on arrive à les accrocher d’une manière ou d’une autre, on sait qu’ils ne font pas autre chose . Là on ne sait pas.

J’ai des classes de 6ème, j’ai une tendance à les materner. Peut-être que je fantasme sur leur situation, je dois me tromper sur plusieurs plans, mais je m’imagine le pire, surtout pour ceux qu’on a du mal à raccrocher. Alors j’essaie d’être présente, de les faire jouer, de les motiver. Et malgré les classes virtuelles, et malgré les séances personnalisées pour certains, ils me manquent. La classe me manque. 

Il se passe des trucs forts car je les découvre différemment et je me dis que cela va changer nos rapports. On aura plus d’histoires personnelles qui vont nous connecter. J’ai déjà un très bon relationnel avec mes élèves, je pense qu’il sera même meilleur mais je suis un peu curieuse de voir ce que ça va vraiment donner. On a l’impression de connecter avec les élèves de manière incroyable, comme si on faisait tout d’un coup partie de la même famille. Donc là j’ai vraiment hâte que ça reprenne !