« Le rôle des enseignants est primordial en cette période si particulière. »

Magali, Professeure de français

J’essaie de leur donner un point de leçon, une activité et sa correction pour une semaine. En parallèle, j’ai mis en place un journal de bord : ils y écrivent leur journée mais aussi leurs émotions, ce qu’ils ont vécu de marquant. Ils peuvent également y intégrer des souvenirs, une jolie citation, ou bien même un titre de musique qui a illuminée leur journée, entre autres. Le but étant avant tout de les faire écrire mais aussi et surtout qu’ils se livrent, se libèrent et gardent un souvenir un peu plus « joyeux » de cette période inédite et parfois anxiogène pour beaucoup. J’ai également mis en place un « défi positif » par jour où je propose une activité différente, pour leur changer les idées (dessiner de la main gauche, se déguiser, réaliser sa recette préférée, etc.)

Cette expérience a des aspects positifs et négatifs. Pour les bons côtés, j’ai appris à travailler autrement, en utilisant toutes les ressources numériques à ma disposition et à « réinventer » mon enseignement du français. De plus, cette relation instaurée entre les élèves et moi, plus intime, qui sort du cadre scolaire stricte, m’a appris beaucoup sur l’humain. J’ai découvert des facettes insoupçonnées de la personnalité de certains adolescents que je côtoyais pourtant au quotidien, une sensibilité, des sentiments, une certaine humanité et un dévouement pour autrui. Mais surtout, j’en ressors persuadée que c’est à l’école que beaucoup de choses se passent. Et, malheureusement, cette année, ponctuée de multiples grèves et de ce confinement qui s’étend, sera un immense manque pour la construction de beaucoup de jeunes adultes en devenir. La rentrée qui s’annonce va être très compliquée à mettre en place compte tenu de l’hétérogénéité décuplée avec le confinement.

A mon sens, le rôle des enseignants est primordial en cette période si particulière. D’une part, pour garder ce lien avec les bancs de l’école, entretenir cette flamme du savoir et du plaisir d’apprendre. D’autre part, il me semble aussi que les professeurs représentent aux yeux des élèves, une fenêtre qui donne sur l’extérieur. J’entends par « extérieur », le regard porté vers l’avenir, au dehors des bâtiments qui les entourent. Paradoxalement, nous ne faisons pas partie de leur environnement, nous ne vivons pas avec eux et pourtant, nous sommes là, bien installés dans leurs habitudes d’écoliers. Et ma mission se trouve ici : par la beauté des mots, l’engagement de certains auteurs, l’expérience aussi, leur montrer à tous, qu’il y aura un après et / ou un ailleurs et qu’à l’heure du bilan, l’école (re)prendra toute son importance, celle de les hisser là où ils doivent être. Je suis absolument persuadée qu’ils auront tous une place pour construire le nouveau monde.